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3 Sonates pour clarinette en Ut et Pianoforte de François DEVIENNE
Franck Amet, clarinette Hugues Leclere, pianoforte
Durée : 35'26
François Devienne

François Devienne est né à Joinville, en Haute-Marne, en 1759 et s’est éteint à Charenton, près de Paris, en 1803. Enfant prodige, il étonne très tôt son entourage par ses aptitudes musicales et son extraordinaire puissance de travail. Emile Humblot rapporte une anecdote en ce sens: « Bien différent des autres enfants à qui il faut promettre ou donner de l’argent pour les engager à faire quelque chose, Devienne ne quittait le travail que lorsque son frère lui avait donné quelques écus, à condition qu’il irait prendre quelque divertissement ». Flûtiste et bassoniste d’exception, il occupe simultanément les postes de soliste de la Garde Nationale et de l’Opéra Comique, et de professeur principal de flûte au Conservatoire national de musique dès sa création en 1795. Malgré un catalogue imposant (25 quatuors, 46 trios, 147 duos en tous genres, 67 sonates, de nombreuses romances et 12 opéras comiques), il semble cependant, à l’instar de Franz Liszt plus tard, que ses talents d’interprète et de pédagogue aient occulté de son vivant la portée réelle de ses compositions. Sa musique offre pourtant le visage d’une facilité d’écriture et d’une imagination mélodique peu communes.
Les Sonates pour clarinette et accompagnement de basse illustrent parfaitement cette verve féconde. Elles se présentent, dans l’édition originale (Sieber, Paris), sous la forme de deux portées comportant une partie principale pour clarinette en ut, aux mélismes élégants, que sous-tend une ligne de basse réduite à sa plus simple expression. Devienne s’inspire ouvertement de ses propres Sonates pour flûte et accompagnement de basse opus 58 et 68, qu’il modifie pour les adapter aux possibilités de la clarinette, alors en pleine mutation.

A propos de la réalisation

Il convient de s’interroger sur la dénomination Sonate pour clarinette et accompagnement de basse, placée en exergue de l’édition originale. Le terme de « basse », générique s’il en est, s’accorde mal avec la précision adoptée ordinairement par Devienne dans le choix des timbres et l’écriture qui leur convient. En outre, l’accompagnement de basse initial, tel qu’il apparaît dans l’édition originale, surprend par son dépouillement extrême : il se distingue clairement, par exemple, de la partie de basson, virtuose et ornée, des Duos pour clarinette et basson de l’auteur. Il s’agit d’évidence ici d’une basse non chiffrée, qui appelle à être réalisée. Cependant, le classicisme de Devienne, contemporain de Mozart et Haydn, ne pourrait que mal s’accommoder d’une réalisation dans un esprit baroque, même tardif. Nous remercions donc Jocelyn Sgard, qui a su, dans une réalisation aux antipodes de l’exercice d’école, conserver une pertinence stylistique en respectant la fluidité du texte original.
L’édition originale, non réalisée, confie la totalité de la ligne mélodique à la clarinette, imposant à l’interprète une endurance aux limites du raisonnable. Nous avons ainsi décidé, dans la présente édition, de confier par endroits cette ligne mélodique au clavier, dans l’esprit des modèles de l’époque. Afin de conserver les doigtés de la clarinette en ut, nous avons transposé l’ensemble du texte pour l’adapter à la clarinette en sib. Les indications d’interprétation et les articulations en ligne pleine de la partie de clarinette sont conformes à l’édition originale. Les articulations en pointillés, les nuances entre parenthèses, les cadences de clarinette et les indications de doigtés doivent s’entendre comme suggestion de notre part.

La Première sonate en ut mineur

La Première sonate, écrite initialement en ré mineur pour la clarinette en ut, présente une structure classique en trois mouvements. L’allegro con espressivo, de forme sonate, fait alterner deux thèmes expressifs avec des épisodes virtuoses d’une grande inventivité. Le premier de ces thèmes ressemble étonnement au refrain du rondo final de la Sonate pour piano op. 13 dite « Pathétique », composé quelques années plus tard par Beethoven. Le deuxième mouvement, adagio, est baigné d’une douce mélancolie, dont le cantabile requiert une maîtrise des phrases longues et du jeu legato. Le rondo final, allegro ma non troppo, présente un refrain inquiet et obsédant, bâti sur des formules d’intervalles brisés. La virtuosité exprime ici une agitation intérieure, née d’une alchimie subtile entre une facture classique et le romantisme naissant.


La Deuxième sonate en sib majeur

Portée initialement par la tonalité solaire de do majeur, dans sa version pour clarinette en ut, la Deuxième sonate est empreinte d’une vitalité rayonnante. L’allegro initial présente une structure bi-thématique originale, sorte de contraction de la forme sonate. La barre de reprise semble marquer le début d’un développement, mais s’avère être en définitive une reprise modifiée et transposée des thèmes de l’exposition. Au gré d’un parcours harmonique audacieux, aux modulations subtiles, Devienne s’attache à changer l’éclairage de son matériau thématique.
Le deuxième mouvement, largo, combine les longues tenues expressives et de délicates volutes qui semblent improvisées. Le début, ample et serein, se voile peu à peu d’une profonde tristesse par le jeu des chromatismes, atteignant une profondeur poignante. Dans le final, andante con variazione, un thème enjoué s’enrichit progressivement par l’ajout d’accentuations rythmiques et par l’accélération de l’écriture. L’humour s’y dispute à la hardiesse pour finir dans l’apothéose d’une joie communicative.

La Troisième sonate en mib majeur

La Troisième sonate, écrite initialement en fa majeur pour la clarinette en ut, développe un climat tendre et chaleureux. Le premier mouvement, allegro, s’apparente à une forme sonate, en opposant deux thèmes contrastés : l’un vigoureux et altier, construit sur la juxtaposition de rythmiques binaires et ternaires, et l’autre plus intime, procédant d’un lyrisme simple. Le développement exploite principalement le premier thème, se concluant par une mise en séquence remarquable de la section ternaire. La réexposition, elliptique, omet complètement le premier thème, en débutant directement par le second. L’adagio central, en sib majeur, est traversé presque entièrement par une mélodie souple et calme. L’unité d’ambiance est ici totale, malgré l’emploi d’une grande variété de valeurs rythmiques. Le dernier mouvement, rondo, évite l’alternance habituelle des refrains et couplets. Des épisodes variés se succèdent, sous l’emprise d’une imagination créative débordante. La section en lab majeur, au sein de cette accumulation d’idées, prend des allures de trio. Et comment ne pas penser, en écoutant son thème pointé, au premier mouvement de la célèbre Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart, dont l’extraordinaire prolixité mélodique aurait pu inspirer Devienne dans ce final ?
Ref : CE.CD.6 12.00 Euro
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